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Abdel Moustapha

Découvrez l'inforamtion cachée, le fruit d'une longue investigation. Abdel Moustatpha vous livre sans tabou ce que les médias traditionnels vous cachent

Offre de dialogue de |’ANC : Que cache cette volte-face de Jean-Pierre

Publié le 27 Février 2014 par @Abdel-L'investigateur in Politique

Offre de dialogue de |’ANC : Que cache cette volte-face de Jean-Pierre

Il y a quelques jours, le leader de l’ANC (Alliance Nationale pour le Changement) Jean-Pierre Fabre, a déclaré avoir écrit au Chef de l’Etat Faure Gnassingbé pour réclamer l’ouverture d’un dialogue politique, autour des réformes constitutionnelles et institutionnelles. Cette offre tranche clairement avec la posture jusque-là adoptée par l’ex-lieutenant de Gilchrist Olympio, caractérisée par le tout refus et un pari inconsidéré’ sur la rue. Quelle lecture faire de cette volteface et pourquoi maintenant.

hebergeur d'image

En début d’année, la presse avait cru voir arriver «le Fabre nouveau», surtout dans le discours. Habitué aux invectives, aux déclarations à l’emporte-pièce et peu rassurantes, le leader de l’ANC a, dans son adresse aux Togolais et à la diaspora à l’occasion des vœux de fin d’année, changé de contenu et de ton. L’homme a appelé à la réconciliation et convié à l’unité. Commençant ainsi à se départir de l’image d’une personnalité peu rassembleuse qui lui colle à la peau.

Depuis, ce fameux discours est suivi par un autre choix politique, nouveau celui-là également : ment : aller à la rencontre des Togolais de l’intérieur du pays. Jusque-là cramponné à Lomé et à ses banlieues, quoique fournissant à son parti l’essentiel de ses militants et électeurs, mon- sieur Fabre était accusé de considérer que le Togo se limitait à la capitale et de faire preuve de mépris pour le pays pro- fond qui, mauvais calcul pour lui, faisait les élections. Cela fait plusieurs jours maintenant que le parti orange sillonne les hameaux de différentes régions ; l’agenda officiel annonçant une tournée couvrant toute l’étendue du territoire et s’étalant sur l’année. L’offre de dialogue adressée au Président de la République est le dernier des actes majeurs posés par le principal parti de l’opposition. Tout cela n’est évidemment pas fortuit ; l’élection présidentielle arrivant à pas de géant.

Il s’agit tout simplement pour l’ex-secrétaire général de l’UFC (Union des Forces de Changement) de se positionner dans les faits, après l’avoir acquis juridiquement par les urnes, comme le leader de l’opposition et de faire taire ceux qui lui reprochent de délaisser le terrain pour « l’air de la plage de Lomé. Pour un double intérêt. D’abord, il s’érige ainsi en interlocuteur direct et principal de Faure Gnassingbé, s’élevant au rang d’une personnalité pouvant s’adresser sans intermédiaire à celui qui dirige le pays, pour justement échanger des questions le concernant. C’est dans un costume de véritable alter ego du président qu’il se met. Ce qui lui permet d’éliminer les adversaires de l’opposition dans la course à la candidature unique et de s’imposer comme le « candidat naturel », celui qui parle avec le Président de la République » ; faisant ainsi clore le long débat sur la définition du profil du candidat unique. C’est donc un message destiné aussi bien au pouvoir qu’à l’opposition (surtout).

Ensuite, faire mentir l’idée généralement ad- mise que l’ANC est un parti fermé au dialogue après les hasardeuses positions prises collectivement au sein du CST (Collectif Sauvons le Togo) sur l’appel à la désobéissance civile ou encore « le seul dialogue auquel nous participerons sera celui pour discuter des conditions de départ de Faure Gnassingbé. » Cette époque semble aujourd’hui très lointaine et ce genre de posture proprement embarrassante pour lui. En appelant au dialogue, monsieur Fabre et les siens veulent aujourd’hui renverser les choses : prouver le cas échéant que c’est le pou- voir qui refuse les discussions et la main tendue et prendre de court leurs pairs de l’opposition dite modérée qui font des négociations leur principal argument politique.

DISCOURS ET

IMAGES BROUILLES.

L’on est bien obligé de reconnaître que tactiquement, c’est très bien joué de la part de Jean-Pierre Fabre et de ses amis, à un an de l’élection présidentielle. Une nouvelle image, toute en rondeur, policée, qui tienne compte des reproches jusque-là faites et par-dessus-tout, celle d’un demandeur de dialogue, est nécessairement un véritable capital dans la lutte présidentielle à venir.

Sauf qu’entre-temps, le naturel du président de l’ANC a refait surface lors d’un meeting où il s’est fait menaçant, déniant au mépris des dispositions actuelles de la Constitution, au Chef de l’Etat le droit de se représenter en 2015, surfant ainsi dans la pure démagogie. Pire, il a promis au Togo des jours à la centrafricaine et à la soudanaise, en cas de candidature de Faure Gnassingbé. Cette sortie qui a choqué, y compris dans son propre camp et qui a justifié le déplacement d’une délégation de ses militants à son domicile pour la lui reprocher, démontre que monsieur Fabre n’est pas encore tout à fait à l’aise dans son nouvel habit qu’il se donne d’homme d’Etat, consensuel, disponible à parler avec ses adversaires et à éviter les discours enflammés.

Par ailleurs, l’affaire des 240 millions perçus dans la quasi clandestinité par les 9 députés exclus du Parlement et dont il fait partie, est arrivée malheureusement au moment où se développait la nouvelle posture de l’ANC ; embrouillant son message ou le rendant en tout cas difficilement audible. D’autant plus que la question de la sincérité du nouveau positionnement se pose, alors même qu’après s’être engagé sans qu’on ne lui ait rien demandé, à ne toucher qu’ 1 (UN) symbolique au titre de réparation dans cette affaire, monsieur Fabre a à ce jour gardé les 32 millions qui lui ont été versés par le Trésor public. A ces deux évènements, il faut également ajouter la publication d’une série de documents par l’UFC, qui entament davantage le crédit des responsables de l’ANC parce que révélant leur radicalisme comme de façade.

De fait, les cadres de l’ANC font le dos rond en espérant que la tempête médiatique sur ces questions s’apaise prochainement. Mais leur nouvelle posture ne pourra être validée que si elle s’inscrit dans la durée. Or connaissant leur leader, la probabilité qu’il se tienne à carreau, loin des déclarations condamnables pendant encore un an, est mince. « Cela nous arrangerait beaucoup s’il pouvait ne pas parler pendant tout ce temps » résume un de ses proches. Elle ne le sera également que dans une dynamique de rapprochement, quelle qu’en soit la forme avec la coalition Arc-En-Ciel.

QUE FERA LE GOUVERNEMENT ?

Au sein du pouvoir, on moque la conversion subite de Jean-Pierre Fabre aux vertus du dialogue. Et on rappelle opportunément ses prises de position antérieures contre toute idée de dialogue. Sans être fermé et tout en rappelant que l’action du Président de la République s’est toujours inscrite dans une démarche de dialogue permanent et inclusif, on précise tout de même du côté du gouvernement que l’Assemblée nationale, où siège par ailleurs le leader de l’ANC, est le cadre démocratique par excellence pour discuter des enjeux politiques du pays. Ce qu’approuve Nicolas Lawson, le président du PRR (Parti de la Rédemption et du Renouveau) qui invite les partis présents au Parlement d’y mener les débats sur les réformes à effectuer. Il a indiqué également que des propositions pertinentes avaient été élaborées par le CPDC (Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation) boycotté par l’ANC et qui pourront être déposées sur le bureau de l’Assemblée nationale en vue d’une discussion. Plus généralement, il est peu probable que l’appel de monsieur Fabre soit suivi d’effet de la part du gouvernement. En effet, une réponse favorable à sa lettre serait un coup de pouce politique en sa faveur de la part du pouvoir. Cela le conforterait dans sa posture actuelle et validerait l’idée que c’est lui qui, non seulement imprime le rythme de la vie politique mais en détermine également le contenu. Un véritable cadeau que ne lui ferait certainement pas les dirigeants du pays ; d’autant plus que la coalition Arc- En-Ciel, par la voix du président du CAR (Comité d’Action pour le Renouveau), Me Dodji Apévon, a regretté la stratégie solitaire du leader de l’ANC, qui aurait dû, selon lui, associer les autres composantes de l’opposition à son offre de dialogue.

On voit bien que le chemin vers la présidentielle de 2015 est encore long et que d’ici là, la vie politique togolaise risque d’être animée.

Focus Infos N°0105 | du 26 Fev au 12 Mars 2014

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